À la Bon'Aventure
Interview

Portrait d’un artiste

A la rencontre de Joan Cursach, artiste-peintre cosmopolite.

Un Jettois de Majorque

Originaire de Majorque, Joan, avant de se poser à Jette, a vécu au Maroc, en Espagne – en pas moins de huit lieux différents – et a beaucoup voyagé. Il habite à Jette depuis 2014, et y a installé son atelier. « Je suis arrivé à Bruxelles pour installer une exposition à Saint-Josse. Je logeais chez des amis à Ixelles. Comme je me sentais bien à Bruxelles, j’ai décidé d’y prolonger mon séjour. J’ai alors eu l’immense chance de rencontrer un couple de personnes qui sont devenues des amis très chers. Ils m’ont ouvert leur porte et offert un lieu où poser mes pinceaux. C’est devenu mon atelier !« .

A partir de 2015, en participant au Parcours d’artistes organisé par la Commune, Joan a fait de nombreuses et chouettes rencontres. Au départ de deux personnes avec lesquelles il a préparé cet événement, un véritable réseau d’amitiés s’est tissé.

Vie nomade

Confronté au choix d’un objet qui le représente, Joan opte pour un trio : un pinceau pour l’artiste-peintre, un globe terrestre pour sa vie « nomade » et son amour du voyage, et un livre pour le merveilleux de cet objet pourtant si simple.

Un mur de papier…

L’objet que préfère Joan : « Un livre, c’est un objet magnifique ! C’est comme une fenêtre… Tu es face à un objet opaque, tu regardes un mur de papier et c’est pourtant une fenêtre qui s’ouvre sur tout un monde imaginaire. Tu lis deux mots et cela t’ouvre un univers entier d’images, de lumières ! Si tu ne peux voyager en vrai, lis un livre ! Le livre permet d’être avec soi-même, au calme, dans un espace de solitude. En lisant, on fait quelque chose de gratuit, on ne cherche pas à produire. Ce sont des moments de plaisir. Le livre peut aussi être découpé, on peut faire des croquis sur les mots. Le livre « ne vaut rien » et on peut en faire un objet artistique. C’est un très bel objet pour tout ce qu’il représente, le monde qu’il t’ouvre. Tellement simple… mais tellement beau ! Et intemporel. On aura toujours besoin d’un peu de papier !« .

Pollution visuelle

Joan invite à réfléchir à la pollution visuelle du paysage : « Une multitude de panneaux signalétiques, de poubelles et plots divers génère une contamination visuelle échappant à notre conscience. L’installation de ces éléments devrait être pensée en termes de besoins, d’esthétique… Je ne suis pas sûr que tous les panneaux et autres soient vraiment nécessaires. De même, certaines façades de maisons sont dénaturées par l’accrochage d’enseignes commerciales ou par des rénovations peu respectueuses de leur esthétique originelle. Chacun a la liberté d’aménager son habitation ou son commerce comme il le souhaite, mais les façades sont « publiques », sous le regard de tous. L’harmonie est donc à privilégier, que ce soit sur les grandes artères ou dans les ruelles où les habitations pleines de charme ne manquent pas. Si j’avais le pouvoir de changer quelque chose à Jette, je déplacerais le conteneur vert qui brise l’esthétique de la façade de la gare. Si la façade de la gare était un tableau, elle n’aurait pas besoin de cette tache de couleur. La boîte aux lettres, elle, éclat de rouge sur les briques, est bien intégrée dans l’ensemble » .

Joan raconte qu’il a participé avec un comité de quartier à l’opération de décoration des boîtes Sibelgaz, nommée « Sibelg’Art ». Ce fut une occasion de se rencontrer entre voisins, de permettre à chacun de libérer sa créativité et de mettre des couleurs dans le paysage urbain. Suite à ce projet enthousiasmant, il s’interroge : « Pourquoi réaliser ce projet une seule fois ? Pourquoi ne pas le prolonger et l’étendre à toute la commune ? Je suis parfois un peu déçu de voir de petites initiatives qui éclosent et auxquelles on ne donne pas suite…« .

Un Chinois à Jette

A la question de ce qu’il voudrait conserver à Jette, Joan répond : « Le bâtiment dans lequel j’habite ! » (rires). Plus sérieusement, Joan évoque la maison-musée Magritte : « C’est un lieu particulier. Il me parle parce que je suis peintre. Cet artiste ô combien marquant et célèbre n’y a pas seulement résidé quelques mois. Il y a vécu de longues années et ce lieu revêt une importance historique. Imaginons un Chinois, par exemple, qui découvre Jette via le lieu où Magritte, mondialement connu, a vécu une grande partie de sa vie« .

Et puis, parmi les lieux préférés de Joan, il y a la place Cardinal Mercier, avec la gare et, sur son flanc droit, quelques belles façades préservées dans lesquelles s’enchâssent des bistrots de caractère, et aussi le bâtiment de la Justice de Paix. Et puis, dans un tout autre genre, un petit étang niché au creux du bois où se rejoignent Jette et Ganshoren.

Jette, cette terre inconnue…

« Je suis toujours étonné de rencontrer des gens habitant à Ixelles, par exemple, ou à Uccle, qui ne connaissent pas ou que très vaguement Jette, située dans ces « territoires » au-delà du canal… Comme si celui-ci formait une frontière. On en joue, on en rit entre nous. Quand on se voit, je leur demande toujours de ne pas oublier leur passeport pour venir à Jette ou de veiller à l’heure de retour car après minuit, on ne franchit plus le canal » (rires).

Joan nous offre une invitation au voyage…

 

« Je n’ai pas de racines, j’ai des pieds ».

(Juan Goytisolo)

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