À la Bon'Aventure
Historique

L’héritage de Bonaventure

Dans un article précédent, nous découvrions pourquoi une artère de Jette, fort empruntée par les automobilistes, les ambulances et les bus, s’appelle rue Bonaventure. Mais que subsiste-t-il de Nicolas Melchiade Bonaventure, en dehors d’une plaque de rue ?

Un personnage fort contesté

Quand Bonaventure accède au mayorat de Jette-Ganshoren en 1813, ce célibataire endurci court davantage les estaminets qu’il ne rencontre ses citoyens. C’est qu’il débarque dans une commune rurale où la quasi-totalité de la population ne parle que le flamand et où la Révolution française a fait des ravages. L’abbaye de Dieleghem a été littéralement saccagée et les moines Prémontrés qui, par leurs activités, participaient à l’essor économique de la commune, ont été dépouillés de tous leurs biens et ont dû prendre la fuite. Bonaventure irrite par son dédain, son arrogance et surtout par son insatiable folie des grandeurs et son appât du gain. Sa fortune personnelle est évaluée à 2 millions de francs-or. Il a acquis à bas prix les terres de l’abbaye et il perçoit des honoraires de 50.00 francs-or par an.

La folie des grandeurs

Plutôt que de développer sa commune, Bonaventure se soucie d’affirmer son statut personnel.  En 1815 s’achève la construction de son château de style néoclassique et d’une orangerie. Sur le sommet de la colline de l’actuel bois de Dieleghem, il fait ériger un arc de triomphe à sa gloire.

Esquisse du château Bonaventure

La large allée centrale qui descend vers la rue Bonaventure mène à la cour d’honneur de sa propriété. Il fait tracer un vaste parc à l’anglaise devant son château, avec des étangs alimentés par des sources. L’eau traverse les canaux, propulsée par des moulins, s’écoule en cascades artificielles et passe sous des ponts romantiques et des arcades de pacotille.

Une fabrique dans le parc Bonaventure

Dans le parc, des ‘’fabriques’’ sont édifiées, sortes de petits kiosques biscornus. Ailleurs, ce sont des statues de lions qui, du haut de leur socle, intiment la prudence au distrait qui oserait vagabonder sur ses terres.

Des étangs pour le plaisir des invités notables

La revanche de l’Eglise

A la mort de Bonaventure en 1834, sœur Sophie Barat, fondatrice de la société du Sacré-Cœur de Jésus, rachète le bois (baptisé bois du Sacré-Cœur, jusqu’à son rachat par la commune en 1952) et le château pour y établir le siège de son ordre qui, plus tard, fera bâtir un internat à l’emplacement de l’orangerie. Mais devant le nombre de monuments profanes qui émaillent le parc et le bois, les sœurs remplaceront l’arc de triomphe par un calvaire – aujourd’hui promis semble-t-il à une restauration à la belge, c’est-à-dire sans doute définitivement provisoire – et feront disparaître les statues.

Les lions de pierre montent la garde !

Ultime consolation pour Bonaventure, il repose au cimetière de Jette, non loin de son château, devenu un des bâtiments du centre scolaire du Sacré-Cœur de Jette.

Ici repose Nicolas Melchiade

 

Regardez aussi la vidéo retraçant l’héritage légué par Bonaventure à sa Commune… Jette d’antan et d’aujourd’hui !

5 comments for “L’héritage de Bonaventure

  1. Jean-François Vandenheede
    9 août 2018 at 13:59

    Le château a été racheté et complètement rénové par la section flamande, Heilig Hartschool Jette.

  2. B. VAN RINSVELD
    31 août 2018 at 12:32

    Bel article.
    Votre photo du tombeau m’intéresse pour étude historique et publication éventuelle: pourriez-vous m’en envoyer un ex. en jpg?
    Malgré mes recherches, je n’avais jamais vu le monument en question

    avec tous mes remerciements

    • Roland
      1 septembre 2018 at 11:02

      Bonjour, merci pour votre intérêt. Je vous envoie le fichier par e-mail.

  3. Yolande
    30 septembre 2018 at 11:47

    Un tout grand merci pour cette petite page d’histoire, toujours rafraîchissante. Je prends énormément de plaisir à vous lire. Vivement le prochain article.

  4. Roland
    1 octobre 2018 at 10:53

    Merci pour le feedback, Yolande !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *